Lettre de Nohad AZZI, présidente de LIBAMI Beyrouth

 

Nohad AZZI, le 14 septembre 2013
Chers amis, j’aimerai partager avec vous quelques conséquences de l’arrivée des Syriens au Liban. Quand nous avons rouvert nos portes, après une semaine d’arrêt fin août, nous avons été envahis par de nombreuses familles syriennes qui avaient fui leur pays, dans la crainte d’une riposte des Etats-Unis et de la France, en représailles contre l’usage des armes chimiques. L’arrivée de cette nouvelle vague de réfugiés, s’ajoutant à tous ceux arrivés au cours des mois précédents, a eu de tragiques répercussions sur beaucoup de nos familles libanaises. De nombreux pères de familles on perdu leur travail, du fait que bien des employeurs n’ont pas hésité à embaucher cette main d’oeuvre étrangère, moins exigeante pour les salaires et qu’il payait moins cher, sans avoir à les inscrire à la sécurité sociale. D’autre part des propriétaires ont augmenté les loyers, qui ont parfois triplé. Comme nos familles se trouvaient dans l’incapacité de payer la somme exigée, elles ont été expulsées, et ce sont les familles syriennes qui ont occupé ces logements. Elles pouvaient payer les loyers exigés, du fait qu’elles s’entassaient en plusieurs familles dans un local exigu. Troisième conséquence du drame syrien : le Gouvernement libanais oblige les écoles publiques à inscrire les enfants syriens, alors que ces écoles étaient déjà surchargées. Par ailleurs la fusion entre les élèves libanais et syriens s’avère très difficile. Les Syriens ont du mal à comprendre l’arabe de leurs professeurs libanais ; nos écoles sont francophones et en Syrie on n’apprend pas le français. Toutes ces difficultés font que de plus en plus de Libanais, qui au début de l’exode avaient bien reçus les Syriens, dans leur tradition d’hospitalité, éprouvent aujourd’hui à leur égard un sentiment d’injustice. Ce sont quelques nouvelles qui vous permettent de réaliser nos difficultés à quelques jours de la reprise des classes. En terminant, quelques mots sur le climat de crainte que beaucoup ressentent, dans la crainte d’une nouvelle voiture piégée. On constate une moins grande circulation. Avant de vous quitter, je vous redis notre détermination de poursuivre notre service. Le fait de savoir que vous êtes de tout coeur avec nous, nous stimule. Certes, nous sommes en premières lignes, mais l’arrière-garde fidèle et toujours aussi dynamique que vous êtes, stimule notre dynamisme. Merci pour tout.
Nohad AZZI, le 14 septembre 2013 Présidente de LIBAMI Beyrouth